Histoires..., Prévention sociale

Osmane épisode 1

 

Osmane se réveille brusquement aux cris de pleurs des petites sœurs. Sa mère lui crie de se dépêcher d’aller à son école spécialisée. Son père a commencé à boire sur son canapé. Osmane prends son sac au pied d’une table remplie de vaisselles sales. Il prend une bouteille de coca et du pain et sort dans l’escalier à moitié allumé. Le temps est gris aujourd’hui. Sa tête est pleine et il a envie de pleurer. Mais il ne peut pas. Je suis un homme, se dit-il. Il descend les marches rapidement avec son walkman, la musique à fond pour ignorer les murs défraîchis, les mauvaises odeurs.

Il prend le métro. Il sent qu’on le regarde de travers. Cela le fout en rogne mais se retient. Il met sa capuche pour éviter les regards. Il a honte mais ça il ne le dira jamais. Selon ses potes, il faut être fier, sur de lui. Alors, il s’assoit les jambes et écarte les jambes pour se mettre à l’aise. Cela lui fait du bien de prendre ses aises, tellement il n’a pas vraiment d’espace pour dormir chez lui.

Enfin arrivé devant l’établissement, il salue ses potes. Tape les mains et contre le cœur. On n’est du même bord. On vit la même galère. Julian lui donne une cigarette. Il jubile de transgresser la loi. Il n’a que 14 ans, et alors ? Sa vie est de la merde pour lui et ne comprendrais pas pourquoi on lui interdirait un plaisir. Ce plaisir, son père le bat pour ne pas l’avoir. Si Osmane est vu avec une cigarette, il est privé de repas et battu. C’est la haine de son père qui le pousse à fumer loin de chez lui. Pour le narguer en secret. Julian le tire par son cartable. Osmane râle et le pousse. Julian tombe sur les escaliers. A ce moment-là, un adulte engueule Osmane. Les jeunes s’injurient. L’adulte les séparent et les emmène à l’intérieur de l’établissement. Osmane va à la salle d’accueil en ayant en tête l’injustice qu’il a vécue.

Tous ses camarades sont déjà assis sur les deux canapés et les chaises. Il en reste une à coté de Didier, l’éduc. Il s’y assied et pousse Isabella, une des filles qui l’avait copieusement insulté la veille. Vengeance. Début de chahut. Didier demande à chacun de se calmer et invite Osmane à s’expliquer. Osmane n’en a rien faire et n’a rien à justifier. Pourrait-on me laisser tranquille ? Criait-il ? Puis il murmurait à Isabelle : Salope. Cette dernière lui fout une gifle. Didier fait ressortir Osmane par Rewan, un animateur. A peine dans le couloir, il pique un sprint vers les escaliers pour aller à l’étage supérieur. Il entend Rewan l’appeler. Grimpe. Esquive quelques autres camarades qui allaient dans leurs classe. Puis il passe devant les toilettes. Il s’y réfugie et se cache. Jubilation et colère. Ambivalence qui le torture mais ça il ne veut pas l’écouter. Il souffle un grand coup, crispe sa mâchoire pour refouler des idées. Il repense à son père qui lui foutra des torgnoles quand il apprendra sa fuite. Alors il ressort et se retrouve en face de Rewan. Osmane rit nerveusement. Il sent qu’on le frôle. Ne me touche pas, pesta t-il. Rewan reste calme et essaie de lui parler doucement en l’invitant à aller dans une pièce pour se détendre. Une pièce réservée pour les jeunes qui décrochent, qui ont du mal à rester dans le cadre. Osmane entre en trombe dans la salle. Un grand mur avec pleins de tags, des mots, des dessins. Des poufs sont parsemés autour d’une petite table remplis de revues. Il s’avachit dans un pouf après avoir valdingué son sac au bout de la salle. Silence. Rewan se met face à lui, décontracté sur une chaise, comme pour dire : « Mosane, qu’as tu ? ». Mais Osmane ne veut pas parler. À quoi bon ?

Silence. On entend des cris.

« Je peux y aller ? » Demande Osmane.

« Où ça ? » Murmure Rewan.

«  En classe. » Répond-il.

«  Tu te sens prêt, un peu calmé ? »

« Oui, ça va, je suis calmé. » avec un haussement des épaules d’Osmane.

Il reparte en direction de la classe. Échanges rapides entre l’instit spécialisé et Rewan. Osmane s’installe à son bureau. Il sort son livre adéquat puis s’avachit dessus. L’instit l’interpelle. Osmane ne dit rien. Il fait semblant de dormir. Il écoute quand même. Puis l’instit lui donne des exercices à faire. Ralages.

Trop dur tout ça. Vais jamais y arriver. À quoi ça sert tout ça ?

Sonnerie. Il reprend son sac et part vite en ayant pris le soin de passer devant les autres en les bousculant. Récréation. Chahuts. Y a du monde dans la cour. Au pas de la porte donnant sur la cour, il voit un éduc remplaçant. Il veut rentrer pour aller rejoindre un pote. Le remplaçant refuse parce qu’Osmane peut très l’attendre. Osmane essaie alors de passer en jouant. Le remplaçant tient bon et lui rappelle les règles. Osmane pousse doucement l’éduc. Il est sommé d’arrêter. Il entend ses camarades ricaner. Il continue tout en riant. L’éduc essaie de lui faire entendre raison. Osmane se marre et pousse encore plus fort l’éduc. Puis là, ce dernier le prends par les épaules, le pousse en le tenant et se fait mettre à terre. Humiliation totale. L’éduc le contient au sol, ventre à être, un bras derrière le dos. Osmane se débat. Soudain, il est libéré et dans une fureur, il se précipite contre l’éduc et lui fout un uppercut contre sa joue. Il est fou de rage. Il sent que c’est à cause de l’éduc mais il sait qu’il n’aurait pas du le faire. Grosse colère envers lui-même. Il a été rabaissé devant les autres. Mis à terre. Il a perdu la face.

Mâchoires crispées et respirations rapides, on l’emmène chez le directeur.

Viré pour une journée chez lui.

Mais où donc aller ? Il fera semblant d’aller chez lui. Plus tard. Il veut prendre du répit avant de se faire cogner par le père. Il rejoindra d’autres potes qui sont déjà dans la rue, à errer pour aller boire un coup pour oublier. Pour se donner une certaine contenance. Pour survivre.

 

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