Billets d'humeur

Le jeu chez l’enfant ayant des troubles de la personnalité et du comportement

            Nous allons établir le lien entre le jouet et l’enfant à travers le jeu pour ensuite développer la notion de socialisation chez les enfants

 

       A. Le jeu et le psychisme de l’enfant

 

       Selon Marcelli[1], quelques études ont mis en lien le niveau intellectuel et la capacité du jeu. Elles ont démontré que les enfants doués jouent beaucoup à des jeux variés et sont inventifs. Néanmoins, les enfants «  retardés » jouent peu, passant d’assez longues périodes inactives. «  Ils préfèrent les jeux sans règles compliqués, auxquels jouent généralement des enfants plus jeunes. [ …] Dans l’utilisation du matériel ludique, par rapport aux enfants « normaux », les enfants « retardés semblent présenter moins de réactions anticipatrices, de formulations de règles, d’autocorrections et d’autocensure lorsqu’ils sont placés en situation d’apprentissage d’un jeu. »[2]

       Winnicott appuie son idée de la distinction entre le jeu et l’émergence pulsionnelle. En effet, « plus la vie fantasmatique de l’enfant est envahissante, plus la projection sur la réalité environnante est grande, plus le jeu est saturé des ces projections. Ceci s’observe particulièrement bien chez les enfants prépsychotiques où toute l’activité ludique est bientôt envahie de thèmes de dévoration agressive, de destruction, d’anéantissement, régression qui s’observe non seulement dans le contenu du jeu mais aussi dans son organisation formelle. En effet, des pulsions ou des fantasmes trop envahissants peuvent interrompre le jeu qui devient instable, changeant, chaotique. » [3]

Quand on demande à l’enfant de jouer calmement en toute tranquillité, il faut qu’il puisse contrôler ses pulsions. Il aura du mal à accepter aussi une règle du jeu car cela serait pour lui une confrontation dans une représentation  normative et symbolique.

Les auteurs sont d’accord pour dire que les différences de sexe sont visibles sur la façon de jouer. Les garçons sont plus agressifs et compétitifs en variant leurs jeux. Pour les filles, ce qui passe avant tout est le plaisir et une maîtrise du jeu, avant « l’expression pulsionnelle ».

Les jeux peuvent se créer aussi autour des fantasmes comme inventer des histoires familiales, en récréant sa généalogie. Des enfants imaginent aussi un compagnon qui n’existe pas et qui compense parfois une absence de frères et de sœurs ou s’ils sont dans une famille repliée sur elle-même.

            Néanmoins, les rapports entre le jeu et les jouets ne sont pas si simples. Winnicott[4] en formule une première idée : Le jouet « suffisamment bon » doit laisser l’enfant s’exprimer et être dans la créativité. . Il faut donc que le jouet soit simple, facile à utiliser et peu importe l’esthétisme de l’objet, pourvu que ce jouet permettre à l’enfant d’imaginer, de se créer un espace. Les jeux compliqués, très techniques ne pourront pas laisser place à cette liberté de création. «  L’excès de jouer peut également être néfaste : trop de jouets tuent le jeu ; trop de jouets isolent l’enfant du groupe des pairs. Le jouet fait alors écran entre l’enfant et le monde extérieur. » [5]

Le rapport que l’enfant a avec le jouet peut être intéressant. Quand l’enfant casse le jouet et que cela se fait de manière systématique, cela démontre qu’il a du mal à établir une aire transitionnelle, concept établi par Winnicott : «  cela traduit son incapacité à contenir l’excitation et l’envahissement par la pulsion agressive et destructrice ».[6]

            L’instabilité de l’enfant met en danger l’équilibre fragile entre le plaisir et le corps. Il s’épuise vite face à une activité s’il n’est plus stimulé et change de jeu.

«  Le jeu implique le corps et le plaisir du fonctionnement du moi éprouvé dans l’activité suppose que ni l’excitation ni l’angoisse ne soient excessives ; Le jeu de l’enfant est précaire dans cet espace entre le subjectif (proche de l’hallucinatoire) et l’objectivement ».[7]

 

            Le jeu a aussi une portée symbolique chez ces enfants car le jeu est moyen de communiquer leur mal-être, leur vécu, leurs émotions. A travers la psychothérapie élaborée par Anzieu, on peut voir dans la relation du jeune et le jeu un «  processus de symbolisation » [8][…]  « Le symbole n’existe qu’en l’absence de l’objet lui-même qui est représenté, privé de ses caractères propres ».[9]

      

            Après avoir vu le jeu comme un élément fédérateur du psychisme de l’enfant, le jeu passe aussi par le rapport avec l’autre, et qui apporte donc obligatoirement une socialisation.

 

       B. La socialisation chez l’enfant ayant des troubles de la personnalité et du comportement

 

            Chez ces enfants, la socialisation n’est pas facilement intégrée car se joue des pathologies pouvant empêcher l’enfant d’entrer en contact avec l’autre. Je pourrai nommer par exemple l’impulsivité et la tendance à la frustration,  à la moindre contrariété. Cela peut entraîner donc une coupure de relation avec l’autre. L’enfant s’inhibe ou s’isole dans un coin comme c’est le cas pour les enfants avec des troubles autistiques et psychotiques. Cela est valable même pour les enfants qui n’ont pas ces pathologies mais qui ont des gestes répétitives, obsessionnels. La socialisation chez ces enfants passe aussi par la relation à long terme.

Les enfants qui ont des troubles du comportement ont du mal à intégrer les règles dans sa totalité. Car ils doivent gérer leurs pulsions tel que le vol, le mensonge ou bien l’agressivité.

A travers leurs actes, ils déforment la réalité et se mettent en marge du groupe.

Selon Marcelli[10], L’intolérance à la frustration qu’on retrouve chez ces enfants est parfois due à des relations artificielles entre les parents, puis à une désacralisation de l’autorité paternelle, et où les modes d’interactions familiales se sont organisés sur le chantage.

       « Pour se défendre contre l’agressivité primaire ressentie comme dangereuse et mortifère, le sujet psychotique morcelle, clive, et projette ses affects environnants : aussi par clivage et identification projective, les objets environnants perdent leurs caractéristiques propres, deviennent persécuteurs et dangereux. » [11] A travers ces propos de Klein, l’enfant psychotique agirait envers les adultes comme des objets mauvais ou bon. Il agit de manière extrême sans prendre de distance avec ses affects.

Chez l’enfant, la relation avec l’autre peut être une source d’angoisse face à l’inconnu, à l’imprévisible. L’enfant, s’il ne gère pas son angoisse, est submergé par ses représentations morbides. Sa crise d’angoisse se manifeste parfois par des passages à l’acte.

« On doit prendre en considération l’importance des schèmes d’interaction souvent déviante, précocement intériorisés : carence affective ou éducative, grave déficience socio-économique », profonde instabilité familiale, se retrouvent constamment. En effet, l’externalisation des conflits, mode réactionnel privilégié du sujet dit «  caractériel » n’est souvent que la reprise par ce sujet d’interaction habituelle de son entourage. » [12]

En clair, l’enfant imite la réaction de ses proches face aux évènements.

Pour que l’enfant puisse respecter les règles en générale, il faut qu’il puisse avant tout se connaître et respecter ses propres valeurs.

 

( Chapitre suivant:  » Au chevet de l’enfant »)


[1]  MARCELLI.D, op.cit, p.207 -208

[2]  MARCELLI.D, ibid, p.208

[3]  MARCELLI.D, ibid, p.208

[4]  Winnicott in MARCELLI.D, ibid, p.211

[5]  Winnicott in MARCELLI.D, ibid, p.211

[6]  MARCELLI.D, ibid, p.211

[7]  Kurts.N in HOUZEL.D (sous la direction), « Dictionnaire de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent », PUF, Paris, 2000, p. 380

[8] ANZIEU.A, « Le jeu en psychothérapie de l’enfant », éditions Dunod, Paris, 2000, 157

[9] ANZIEU.A, ibid, p.170

[10]  MARCELLI.D, op.cit, p.222

[11]  Klein in MARCELLI.D ibid, p. 317

[12]  MARCELLI.D, ibid, p.413

 

 

Extrait de mon mémoire:  » Viens… Laisse moi jouer »

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