Chroniques du jour, Vieillesse

Je ne veux pas vieillir

Je ne veux pas vieillir.

Je ne veux pas avoir des rides

Ni même des cheveux blancs.

Je ne veux pas devenir sénile.

La vieillesse défigurera mon corps.

Le temps me rouillera jusqu’au cœur.

Aux yeux de tous, je deviendrai invisible

Car je ne servirai plus à rien. Inutilisable !

Je serai bon à mettre au placard.

Ma peau fripée fera fuir les regards.

Je ne veux pas être faible et gâteux

A la merci des requins et des escrocs.

Mai quoi, je deviendrai une charge

Et même pire, je serai une décharge.

 

Halte-là jeune effronté et plaintif !

Cela fait partie de la vie et ça s’entretient.

Je suis fier des cheveux gris signe que j’ai vécu

De belles expériences et traversés des obstacles.

Tout dépend du regard que tu portes sur tes jours,

Tout dépend du regard que tu portes sur chaque être.

Il ne tient qu’à toi de choisir de vivre au mieux

En explorant toutes tes richesses, en les partageant,

En les fructifiant. Râle mais après avance avec tes sources

Amicales, fraternelles ou familiales, et même des inconnus.

Non, vieillir, ce n’est pas la mort quand tu n’accumules pas

Que des regrets, des remords, des craintes, des peurs.

Mais jusqu’où vieillir ? Là, je ne peux pas te répondre.

Cela fait partie des mystères de la vie et cela met du piment

Dans tout ce que tu vas imaginer, créer, entreprendre.

Par défaut
Emploi, Histoires..., Vieillesse

Trop vieux pour ce poste?

54 ans. Je n’ai que 54 ans et pour eux, je suis trop vieux.

Trop vieux pour travailler sur ce poste. Je serai devenu incompétent.

Il préfère embaucher un jeune diplômé, frais et dynamique, dans la fleur de l’âge.

Je suis en même temps en colère et dépité. Je n’en peux plus.

Pour eux, je ne suis plus opérationnel, plus efficace. Trop ringard.

Pour qui se prennent-ils ces freluquets ? J’en ai bavé, j’ai trimé

Pour acquérir des expériences, pour atteindre des postes à hauts responsabilités.

Maintenant, il m’envoie à la casse. Mais je n’ai que 54 ans. Il me reste 10 ans à travailler.

J’ai perdu deux ans, à recevoir les allocations chômage. Je vais être bientôt à la rue.

Heureusement ma femme me soutient mais jusqu’où ? Hein, jusqu’où ?

Je m’en vais à mon dernier entretien de la journée. C’est quitte ou double.

J’entre dans le hall. On m’accueille gentiment. Le patron me reçoit.

L’entretien se passe comme d’habitude et là, je vois qu’il hésite.

Je ne sais pas ce qui me prend mais je lui dis : «  Je ne corresponds pas au profil  »

Il m’avoue que non. Des sanglots me traversent. Je suis secoué jusqu’aux tripes.

Je me retrouve sur le trottoir sans me souvenir comment je suis sorti de l’immeuble.

Dans ma main, des coordonnées d’un collègue du patron que je viens de voir.

Sans réfléchir, je lui téléphone.  Je lui explique la situation. C’est un consultant.

Nous prenons rendez-vous. Je raccroche. Cette perche m’empêche de sombrer.

 

Christophe s’en sort car on reconnait son expérience, son expertise du domaine.

On le conseille d’être consultant pour pouvoir être considéré comme un « sage ».

Voilà qui peut le faire reprendre confiance. Mais les autres « vieux ? »

Ce n’est pas parce que nous venons d’être diplômé que nous sommes des pros.

Nous sommes des professionnels débutants. Nous pouvons être complémentaires

Avec ceux qui ont plus de bouteilles que nous. On a tous à apprendre quelque chose de l’autre.

 

 

 

 

Par défaut
Chroniques du jour, Vieillesse

Nos vieux

Nos vieux, si tout se passe bien, nous serons comme eux.

Nos vieux sont nos histoires singulières, particulières, uniques.

Nos vieux sont des jeunes qui ont eu des idéaux, des rêves, des passions.

Nos vieux sont nos mémoires, nos vies remplies de souffrance et de joie.

Dans un village de la brousse sénégalaise, un vieux couple enlèvent la coque des arachides pour nourrir leur entourage.

Dans nos contrées françaises, un vieux couple sont seuls dans une maison, regardant hagard un ciel pluvieux.

Au coin du feu, autour des jeunes et des adultes, une vieille dame leur raconte une histoire. Pas de murmures et de ricanements brisent l’aura de la conteuse.

Chez nous, la grand-mère est déjà dans sa chambre loin du brouhaha de sa famille, qui se chamaille, l’ont mis à l’écart parce qu’elle radote.

Au pied d’un immense manguier, sur une natte, sont assis des vieux en silence avec fierté. Des gens du village viennent les consulter pour des conseils de récolte, d’éducation de leurs enfants.

Dans les maisons de retraite, ils sont parqués dans un salon, figés comme des statues en attendant le repas.

Mes vieux, mes grands-parents,  sont morts et j’aurai tant bien aimé parler avec eux, connaître encore plus leurs vies, qu’ils se réjouissent de ce que nous vivons, qu’ils nous accompagnent dans nos épreuves avec confiance et espérance.

Quelle relation avons-nous avec nos vieux ? Quel lien, quel regard avons-nous envers eux ?

Mettons-nous à leur place.

Comment j’aurai aimé qu’on s’occupe de moi ? De quelle manière pourrait me respecter dans ma dignité, ma liberté malgré mes dépendances ?

Comment j’aurai aimé qu’on me voie, qu’on me considère, qu’on me reconnaisse ?

Ils sont toujours des adultes, des individus qui méritent de la bienveillance, de la douceur, de la tendresse même s’ils nous renvoient des choses difficiles dus à leur âge. Ne les enfermons pas dans leurs pathologies, dans leurs maladies etc…

Ils ont chacun leur place dans la société à leur manière.

Que je vous rassure, chez nous, je connais des maisons de retraite qui respecte chaque personne âgée, une volonté de l’intégrer et de lui laisser une place en toute liberté.

Donnons-leur la possibilité de continuer à vivre dans une ambiance de joie, de sérénité, de créativité malgré les douleurs, les souffrances.

Nos vieux, que leurs fins de vies soient la meilleure possible.

 

 

( Texte écrit en avril 2013. Copyright VL.)

Par défaut
Chroniques du jour, Vieillesse

De la mort à la vie?

La mort fait partie de la vie.
Qu’est-ce qui me permet de dire cela ?
Tout d’abord, de par mon expérience de deuil auprès des personnes qui m’étaient proches, très proches. J’ai vécu différents types de deuils en fonction comment mes proches sont décédés et leur âge. Mes grands-parents et grands-oncles et tantes qui sont morts à des ages canoniques (75 à 90 ans) soit de vieillesse, de cancer ou d’accident organique. J’ai vécu aussi la disparition soudaine des proches jeunes par des accidents, par leur handicap très lourd, puis le suicide. Ce dernier est le plus difficile à vivre en terme de deuil car il est incompréhensible. Il m’a fallu du temps, des échanges avec mon entourage qui connaissait cette personne, une acceptation du fait que je ne suis pas responsable de sa disparition. Nous faisons face aussi à ce que nous considérons comme de l’injustice, de quelque chose qu’on n’arrive pas à nommer.
Ces derniers jours, j’ai appris la disparition brutale d’une connaissance âgée de 25 ans. Énorme choc. Osons nommer les choses. Le deuil est toujours présent car il me faut passer par l’enterrement, l’inhumation qui permet de passer un cap dans le deuil. J’ai conscience du séisme dans sa famille, dans sa famille proche.
Pour moi, la mort ne doit pas nous empêcher de continuer à vivre. Il nous faut avancer en portant en mémoire ceux qui nous ont quittés. C’est un combat permanent pour passer de l’abattement, de la sidération jusqu’à l’acceptation qui peut mettre du temps à arriver.
Je repense aux chants, aux paroles qui peut m’apaiser, nous apaiser :
Ils sont passés de l’autre rive. Partis de l’autre côté de l’horizon comme on ne voit plus un bateau. Ils ne sont plus visibles et pourtant ils sont présents. Présents dans nos cœurs, nos souvenirs.
Quand je vis des moments fort dans la vie quotidienne ou pas, il m’arrive de penser à ceux qui ont faite route à mes côtés, à ceux que j’ai croisé et qui m’ont marqué de leur empreinte dynamique, pleins de vie. Quand je me suis marié, je n’ai pas oublié mes grands-mères décédées les mois qui ont précédées. Mes grands -pères qui nous ont quittés quelques années auparavant.
Je sais qu’il ne sert à rien de ruminer le passé, d’être dans une incompréhension en permanence. Je ne pourrai pas les faire revivre. Dans mon espérance et dans ma foi, je sais qu’ils sont quelque part et qui nous regardent avec fierté, avec amour.
J’ai bien conscience que l’absence est lourde mais dès que vient l’acceptation, l’absence devient un espace de dialogue.
Puis nous avons aussi d’autres deuils à faire. Le deuil pour une personne de ne pas entendre, de ne pas voir. Pour ma part, cela fait bien longtemps que j’ai fait le deuil de mon odorat. Je ne sentirai plus rien. J’ai compensé sur d’autres domaines. C’est comme pour ma surdité. J’ai fait le deuil de ne pas entendre correctement. J’ai pris le temps d’accepter mon handicap qui est heureusement allégé par mon appareil, mes liens sociaux.
C’est faire aussi le deuil des métiers que nous aurions voulus faire mais dont on ne sentira pas capables de faire à cause de nos fragilités.
À travers chaque deuil, c’est construire une alternative qui nous ferait mieux grandir malgré l’absence, le manque.
Je souhaite un bon courage à chacun qui vit un deuil, plus ou moins lourd à porter. Les morts comme les petits morts jalonnent notre vie en redonnant en nous un sens à la vie, si on prend le temps de se poser cette question.
Je me dis que pour chacun de nos disparus, ils auront vécus leurs vie et espérons aurons eu une belle vie car il y a une part de mystère en eux que nous aurions jamais connu.
C’est dans ce sens que je me dis que la vie vaut la peine d’être vécu et nous devons la croquer à pleine dent, d’oser vivre nos projets en fonction des opportunités, en fonction des événements extérieurs et des opportunités. Soyons acteurs de nos vies et ne laissons pas la peur de la mort nous envahir car je crois que la vie est plus fort que la mort, à travers l’amour, la fraternité, la solidarité.
Si j’ai de l’énergie, une envie de vivre à fond, il me faut soulever en même temps ceux qui n’en peuvent plus, qui sont trop fatigués. Voir, entendre quelqu’un rire, sourire, être à l’écoute et pleins d’initiatives peut nous aider à ne pas baisser les bras pour toujours, à aller de l’avant quand on est accablé, épuisé.
Je souhaite à chacun de goûter à la vie avec ses forces, sas saveurs qui sont particulières en fonction de ce qu’il est, de son histoire.

Par défaut