Histoires...

De la téléréalité à la réalité

20h50. Cédric a fini de ranger la salle à manger avec Franck, l’éduc et un autre jeune. Tout est propre et tout s’est bien passé. Cédric veut regarder «  Les anges de la réalité ». Juste pour rire et savoir la suite. Est-ce que Iolan va rester avec Maria ?

Cédric s’installe tranquillement sur le canapé, en veillant à ne pas trop s’avachir et ne pas trop emmerder les autres. La condition pour regarder son émission préférée, c’est être correct avec tout le monde. Il aime surtout quand Franck regarde une partie avec lui et son groupe.

Rigolades à la suite des révélations d’une candidate, et surtout d’une situation un peu absurde dans laquelle se trouvent les candidats. Ils vont devoir dormir dans la jungle, juste sur un lit pliable.

A la fin de l’émission, Cédric prend le temps d’en discuter avec ses potes. Est-ce qu’ici il pourrait faire la même chose ? Chuis pas fou ! Rétorque Cédric. Ce dernier aime bien prendre des risques mais il y a quand même des limites. Il en a déjà fait les frais avec une cascade de skateboard par-dessus une rampe d’escalier. Trois semaines d’hôpital. Il se dit qu’il a de la chance avec Franck, car on peut discuter, échanger, et puis on fait bien la part des choses entre ce qui se passe à la télé et la réalité.

Tout est biaisé chez les anges de la réalité. Tout est mis en scène et exagéré. A côté de ces débilités, il tente bien que mal à réussir son insertion scolaire. Comme il sent reconnu en vérité et valorisé dans ses capacités d’agir et de réfléchir, il ne songe même pas devenir une célébrité à la télé. A quoi cela sert d’être célèbre juste un temps donné, très court et après, vite oublié, comme un bon à rien ?

Cédric regarde cette émission pour analyser sur ce qu’il ne faut pas essayer de faire dans la vraie vie. Surtout aussi, pour se dire qu’il est vraiment plus intelligent que ces gens-là. Pas envie qu’on me juge, pense-t-il !

Il est l’heure d’aller au lit. Franck laisse les jeunes ranger la télévision. Avec Dylan, Cédric écrivent des idées, des questions sur un cahier d’expression. Un peu de chamailleries à l’étage mais rien de méchant. Arrivée du veilleur. Passage de témoin. Un petit compte-rendu de la soirée.

Au lit, Cédric pense au lendemain. Une très bonne journée à venir car avec son groupe et deux éducateurs, ils vont partir faire une course d’orientation dans la forêt avec des jeunes du lycée voisin. Un projet qu’ils ont préparé depuis des mois. C’est la vraie vie. Rien à voir avec la télé-réalité.

 

 

 

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Le social, Questions sociales

Réflexion sur le travail

3 millions deux vingts deux milles chômeurs, c’est une aberration.
Pourquoi j’ose dire ça ? Une aberration parce que des salariés croulent sous le travail, font des heures supplémentaires, et une partie infime gagne des fortunes. Et les chômeurs se battent face à des chimères leur prétextant des problèmes économiques. Et pourtant, ceux qui sont dans la précarité sociale touchent des minima sociaux et sont en attente, en recherche de travail.
Où est-il le goût du travail où l’on gagne de l’argent à la sueur de son front ?
Le système social dans lequel nous sommes et les travailleurs sociaux dans des tensions énormes à gérer. Ils doivent permettre aux gens de s’insérer dans la société. Et pour s’insérer dans la société, on passe par le travail. Et comme il n’y a pas de travail, ils rament, ils peinent à donner un sens à leur travail. Les politiques sont dans une logique de finance, de coupes budgétaires qui nous broient.
Une injustice sociale se crée et des escroqueries se produisent à grande échelle profitant de la naïveté des gens, tel que l’utilisation des crédits. Ils consomment plus alors qu’ils n’ont pas les moyens de combler leurs dettes. C’est la spirale de l’endettement.
Le droit du travail est tellement réglementé, rigidifié qu’il est difficile de créer des emplois, de trouver des alternatives. Les RSA, RMI, allocations maintiennent en partie les gens dans l’assistanat, en étant désœuvrés le fait qu’ils galèrent pour trouver un boulot. Désœuvrés, déconnectés car ils ne sont pas reconnus pour ce qu’ils sont, pour ce qu’ils font. Heureusement, il y a des entreprises d’insertion, des chantiers d’insertion qui essaient de redonner à des gens le goût du travail et d’être récompensé pour ce qu’ils font.
Comment redonner du sens à notre travail dans les pouvoirs publics ne permettant pas aux gens de s’en sortir par eux-mêmes ? Hélas, la précarité entraîne les gens dans une spirale infernale tel que la non-confiance, la violence, l’alcool, etc.. Je fais un peu des raccourcis mais j’essaie d’ébaucher des idées.
Peut-on dire que le bénévolat tue le travail salarié ? Certes les associations n’ont pas les moyens de se payer des salariés mais peut-on imaginer que le RSA et autres allocations d’aide peut permettre aux gens d’être rémunérés pour ce qu’ils font ?
Pour ma part, je touche des allocations chômages en attendant de former en septembre prochain. Je fais du bénévolat et je considère que les allocations me payent les heures de travail. Je trouve ça plus juste que ces sous que je reçois comme une récompense. Évidemment, il faudrait que ça soit sur un temps qui permet ensuite aux gens aidés de trouver un vrai contrat de travail.
Je sais que ça existe des structures qui fonctionnent sur ce principe.
Il y aurait encore développé. Qu’en pensez-vous ?

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Le social

Le temps dans le lien social?

Comment appréhender le temps dans le lien social ?
Les institutions nous poussent à avoir des résultats, nous incitent à faire émerger des progrès, des projets. Beaucoup de projets et la plupart ne sont pas mis en pratique. L’écriture grignote le temps d’accompagnement. Nous sommes tiraillés entre fournir des bilans, des évaluations et d’être sur le terrain pour rester en lien. Dans certains instituions, il est essentiel de prendre du temps pour nous, professionnels, de prendre de la distance entre ce que nous écrivons et ce que nous pratiquons. Sommes-nous cohérents ? Osons-nous réajuster notre hiérarchie si besoin ? Osons-nous se parler en vérité au lieu de se frictionner, de travailler dans son coin ? Osons-nous s’engager dans la durée et travailler sans s’épuiser ?
Comment les pouvoirs publics ou privés comprendront-t-ils que le lien se tisse dans le temps ?
Sachons prendre le temps dans les taches que nous avons à faire. La relation à l’autre est tellement prenant, épuisant que nous pouvons pas tout porter en un temps restreint. Trouver du temps à la parole. Trouver du temps pour se poser.
Ose prendre le temps de respirer, de prendre de la distance, de te remettre en question si tu sens que le lien coince. Est-ce lui ? Est-ce moi ?
Je ne m’arrêterai jamais de le dire : Ne restez jamais seul quand vous avez des emmerdes. Le silence à long terme peut vous détruire de différentes manières tel que la rancœur, l’amertume, la colère sourde se transformant en angoisses, en épuisement et puis un jour, le burn-out. Je ne souhaite à personne de vivre cette expérience de burn-out. Je l’ai vécu. Deux fois hélas en deux ans. J’étais pressé par le temps de vouloir trop bien faire les choses, répondre au plus vite aux besoins institutionnels. Je voulais être sans arrêt sur le terrain dans l’urgence, d’écrire des projets et les mettre en œuvre. Se tracasser la cervelle sur ce que j’aurai dû ou pas dû faire. Corriger rapidement.
Je souhaite à chacun de prendre soin de lui pour mieux travailler, pour être plus efficace et trouver sa juste place et se faire entendre. Se respecter, c’est respecter les autres tant les usagers que ses collègues. N’ayez pas peur de souffler. N’ayez pas peur de prendre du temps malgré le temps qui court. En fait, c’est une illusion que de voir le temps qui court. Sachons anticiper, trouver un juste équilibre en fonction de ses capacités.
Pour gérer le temps de notre travail, c’est mieux organiser ses priorités d’actions.
Je souhaite un grand courage à chacun dans son boulot, dans ses études.
Vous n’êtes pas seuls dans la galère, vous n’êtes pas seuls dans vos envies de faire bouger les choses.

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