Histoires..., Prévention sociale

Osmane, Episode 2.

 

La nuit est tombée. Osmane est assis en équilibre sur une rambarde d’un square. Ses potes, un peu plus âgés boivent de la bière. Il en prend aussi. Il en est à son troisième. Sa tête tourne un tout petit peu. Il n’est pas encore habitué. Il essaie de se marrer aux blagues de ses pairs. Il tient une canette dans sa main droite. Il vient de la finir. Puis il pense à son père. Il essaiera de rentrer le plus tard possible, quand son vieux dormira. Sa mère l’attendra malgré tout avec résignation. Avec rage, il envoie la canette loin contre le lampadaire. Ses potes le chambrent, le bousculent. Khaled lui donne un joint pour se calmer. Osmane l’aspire. Il se sent s’envoler. Un pur plaisir. Soudain, un gars arrive en trombe sur son scooter, sans casque. Le motard jubile et invite Osmane à monter dessus. Les autres l’encourage. Autant se faire plaisir, n’est pas Osmane ? Osmane grimpe derrière le motard et reparte dans un bruit infernal qui résonne dans le square entouré d’immeubles. Vibrations de plus en plus vive au fil de la vitesse. Rodéo sur le trottoir, sortie de garage, parking où ils slaloment. Ils reviennent au square puis repartent de plus belle, hilares. Osmane se sent puissant, maître de la nuit où tout le monde s’endort.

Tout d’un coup, dans un carrefour, ils évitent de justesse une voiture de policiers. Prise de panique inconsciente et envie d’en découdre avec la loi. Ils s’enfuient et essaient de s’échapper. Sirènes. Course-poursuite. Osmane se cramponne au conducteur. Il a une énorme trouille. Il ne veut pas se faire prendre. Cela serait un déshonneur auprès de ses potes et de sa famille. Les jeunes prennent les petits rues et descendent des escaliers. Le scooter manque de basculer en arrivant en bas, au bord d’un canal. Fuite infernal. Ils ne savent plus où aller. Ils arrivent près d’une passerelle. Impossible de passer en scooter. Ils la laissent et franchissent le canal. Ils entendent encore des sirènes. Ils arrivent dans une zone industrielle clôturée. Ils montent le grillage. Osmane sent son corps lâcher. Il tombe. Son pote a réussi à franchir. Un policier plaque Osmane à terre. Visage dans la boue sèche et rugueuse. Douleurs infernales de son dos où il sent les genoux du flic. Il a impression que sa tête va exploser. Il n’a pas de forces. Toute l’adrénaline expulsée lors de sa petite cavale l’a épuisé.

Osmane entend des grognements de chien et des cris. On l’emmène dans une voiture brusquement. En garde à vie. Fraîcheur de la cellule. Humidité. Pleurs, tremblements de colère. Il sait plus où il en est. Pourquoi s’est-il embarqué dans cette spirale infernale ? Tout lui pèse. Ses échecs, ses conneries. Il a la haine de ce qu’il est. Mais ça, surtout ne pas le dire. Cela serait une preuve de faiblesse. Son père le tuerait. Il doit être fier, fort. Un commissaire passe le voir et lui passe un savon, lui fait la morale. Osmane apprends que son pote a été tué par un chien de garde qui gardait l’usine. Il accuse les policiers de l’avoir tué car ils ont été poursuivis. Il entend une réflexion d’un flic, derrière : « Tu vas retourner dans ton bled ». Mais quel c… ? Quel bled ? Le pays de ses parents n’est plus son pays. Il est né ici, en France. Mais il ne sent pas français. On le traite comme un étranger. Osmane, c’est pas un nom français. Et alors ?

Que va donc t-il devenir ? Il se sent foutu. Il sera toujours dans la galère. Son ventre le torture. Il veut hurler mais non, il se crispe. Il regarde en biais le commissaire. Un défi ? Un affront pour le commissaire ? Manque de respect ?

On lui apporte un verre d’eau et du pain. Il les avale rapidement et se recroqueville sur la banquette, contre le mur gris, défraîchi.

Quel sera l’avenir d’Osmane ?

Par défaut

Allez, tu peux oser mettre un mot ! ;-)