Surdité

Le vécu de mon handicap

Dans la suite logique de mes réflexions, je vais aborder mon vécu du handicap.
Et bien, très bien quand les conditions sont optimales. Comme certains le savent, je suis en mode mono, c’est à dire que je n’entends que d’un seul oreille avec un appareil ultra perfectionné. Mon autre oreille est HS. Il m’arrive d’oublier que je suis sourd dans des lieux calmes, où les sons sont doux, agréables et que les voix des personnes se s’entrechoquent pas. 
Le son entre dans mon oreille gauche vide et il est bloqué de l’autre coté par mon oreille appareillé, c’est peut-être pour ça que je vous entends mieux, quand la salle ne résonne pas, quand il n’y pas de bruits parasites et surtout si la fréquence de votre voix est agréable.
Pour certains qui me connaissent, j’utilise souvent l’humour lié à ma surdité et je joue aussi sur les homophones, jeux de mots souvent utilisés chez les personnes sourdes. 
Il m’arrive de me trouver dans des situations où je prends de plein fouet mon handicap quand je suis interpellé dans la rue. Je mets du temps à saisir les premiers morts car mes neurones n’ont pas encore été connecté. Souvent, on me prends pour un demeuré et c’est très désagréable car je ne comprends pas du premier coup. Comment comprendre quand on entend une partie d’une phrase:  » Pardon…m… Où…. Part-Dieu ». Là, c’est facile parce que j’ai entendu les mots clés mais as t-il demandé comment aller avec un type de transport spécifique?
Bref, La question de mon vécu du handicap se pose aussi en groupe. Là, c’est une autre paire de manches quand il y a plusieurs conversations ensemble, et surtout quand des blagues fusent et que tout le monde rie sauf moi. Pour ne pas me différencier, je ris avec eux même si je n’ai rien compris. 
Le plus terrible, c’est quand j’essaye d’engager une conversation mais qu’entre-temps, je n’ai pas entendu une petite voix qui amorçait un autre sujet. Je tombe à coté de la plaque. Imaginez le malaise comme une crêpe qui reste collé au plafond et retombe mollement sur le carrelage. 
Depuis des années, j’ai du mené un combat entre le monde sourd et le monde des entendants. Car des sourds signants considéraient que j’étais pas sourd puisque je parlais et chez les entendants, j’étais considéré comme une personne un peu simplet car je ne saisissais pas tout de suite. 
Essayez de comprendre la radio FM quand la fréquence passe mal et grésille!
Je pourrai continuer à vous en parler pendant des heures car je considère que j’ai une chance inouie de m’être intégré même si c’est parfois douloureux.
Merci aux orthophonistes durant mon enfance. Merci à des adultes qui ont cru en moi. Puis j’avais en moi aussi une force de vie et je l’ai toujours une immense envie de rayonner et témoigner que vivre est possible malgré ma surdité. 
Ce que je déteste pardessus tout, c’est de cautionner mes erreurs, mes incompréhensions parce que je suis sourd:  » Le pauvre, ne lui disons rien, c’est déjà dur pour lui ». Bein non, c’est pas comme ça que ça marche. On ne me reconnait pas en tant que personne et toute personne handicapé ou pas doit être mis à sa juste place et ne pas être dans le panier de la pitié et de la compassion à outrance. 
Si je parle fort sans m’en rendre compte, merci de me dire de parler moins fort.
Si je m’emmêle dans les explications, n’hésitez pas à dire:  » Vivien, je n’ai pas compris ». Sinon, je sens tout de suite que vous me prenez pour un demeuré. 
Ouh là, j’ai pas mal écris!
Je continuerai demain pour vous laisser reposer les yeux ou les oreilles!

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