Histoires...

Le silence d’Amina (1)

                   Dès l’aube, elle se prépare comme chaque jour. Elle tente de ne pas réveiller ses vieux parents qui dorment dans la même pièce qu’elle. Son mari est déjà parti au boulot. Elle ajuste son pagne bleu vermeille et sort de l’appartement. Ses pas la mènent jusqu’à l’arrêt de bus. Juste un piquet jaune au pied d’un immense lampadaire vert qui fait office d’arbre. Des feuilles métalliques lâchent parfois des odeurs de chlorophylles. Une sono fait grésiller quelques chants d’oiseaux.

Voici le bus qui arrive. Une chorale assourdissante ambulante. Un bus en carton blindé, aux vitres de plexiglass teinté. Un rideau de lin tissé s’ouvre pour laisser sortir et entrer les voyageurs. Elle s’assoit vite face à un pupitre où une partition l’attend. Pour que le bus avance, il faut que tout le monde chante. La moindre fausse note ralentirait le bus. C’est l’énergie vocale et harmonieuse qui est le moteur du bus. Ce matin, ils doivent chanter : « Carmina Burana de Carl Off, l’ouverture ».

Heureusement, Amina n’est qu’à quatre arrêts. 17 minutes de voyage.

Arrivé à son boulot, devant un grand immeuble en bois laqué, elle s’abreuve à une fontaine d’eau pétillante. Le pouka, Un oiseau en toile mécanique l’attend pour monter au 14ème étage.

Pendant l’ascension au ras du paroi, elle aperçoit à l’horizon le soleil apparaître derrière les montagnes de glace. Des auréoles de lumière bleue surgissent et embrasent la ville de bois et de fer.

Le pouka pénètre dans un couloir pour déposer Amina sur un tapis en satin rose. Elle traverse une grande pièce blanche et jaune où sont accrochées des chaises volantes reliées par des fils de soies. Elle s’assoit sur l’une de ces chaises. Elle actionne une manivelle et rejoint ses collègues de travail suspendus au plafond. Elle est arrivée juste à temps pour le lancement du processus.

Un rythme au son des violons lance la cadence. Des glissements de soies résonnent dans la pièce comme des cigales qui chantent à tue-tête.

( A suivre…)

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