Billets d'humeur

L’éducateur, médiateur du défi

Chapitre 2. L’éducateur, médiateur du défi

           

            J’aborde tout ce qui tourne autour de l’apprentissage de la socialisation à travers les jeux.

 

A.   Qui gagneront aujourd’hui perdront peut-être demain.

 

1.  La compétition sociale

 

La société d’aujourd’hui nous incite à la compétition. Quel que soit le jeu, le sport, il y a un gagnant et un perdant. Cette rivalité entraîne souvent des violences verbales ou physiques entre les différents acteurs. Une individualisation se crée pour pouvoir réussir. Un adage apparaît souvent : « il faut se battre pour réussir dans la vie ».  Se battre mais comment ? Par quels moyens le jeune doit arriver à ses fins et à être dans la loi du plus fort ?  Pour gagner, le jeune peut employer des stratégies malsaines tel que la tricherie, contredire les règles officielles. Des situations de pouvoirs se mettent en place où la moindre erreur n’est pas permise si on veut acquérir une renommée et gagner sa vie. Gagner serait s’accomplir dans un jeu mais pour d’autres, cela serait gagner pour avoir de l’argent, des lots, des récompenses. D’un autre coté, le perdant n’a rien et subit les brimades des spectateurs qui supportent les gagnants.

Des impacts psychologiques peuvent donc se jouer chez les différents acteurs du jeu.

 

 

 

            2. L’éducateur, « gardien » des normes, des règles

 

Malgré cette idée de compétition, l’éducateur doit permettre au jeune de s’insérer dans un groupe et jouer avec d’autres personnes. Pour cela, il doit accepter les règles communes et entrer dans un moment de convivialité quand il ne s’agit pas de vraies compétitions, des tournois etc. C’est permettre à l’enfant de jouer pour jouer et d’entrer en relation avec l’autre.

L’éducateur doit pouvoir faire accepter au jeune les règles du jeu qui sont immuables. Si nous changeons les règles, ce n’est plus le même jeu, c’est une variante. L’éducateur doit être garant des règles du jeu comme il est garant de la Loi. Il est garant des normes qui régissent la société.

 

B.   Le jeu coopératif : Un outil éducatif de socialisation

 

1. Définitions 

 

 Le jeu coopératif a comme but la non-violence dans un groupe et permet de faire émerger un esprit d’entraide et d’équipe. Il y a un but de communication et de concertation.  Une solidarité doit se créer entre les différents joueurs en fonction des différents éléments de l’histoire du jeu. Il s’agit gagner la partie mais ce sont tous les joueurs qui relèvent le défi. Le jeu coopératif est aussi considéré comme un outil éducatif pour la paix, où règne la non-violence.

Il y a une volonté derrière ce concept qui est «  Coopérer, c’est construire ensemble ».

C’est aussi permettre aux jeunes de mieux se connaître et se connaître autrement que par le conflit.

 

                        2. Jeux de mise en relation

 

                        Avec les enfants qui ont des troubles de la personnalité et du comportement, j’ai dû procéder par étape vue leurs difficultés à entrer en relation avec l’autre.

 

 Jeu coopératif avec deux jeunes

 

J’ai tout d’abord mis en place un jeu de construction avec deux jeunes, Nicolas et Lucas. Ils se sont mis sur une petite table et je leur ai donn
é des blocs de bois. Je leur transmets la consigne de construire ensemble une tour la plus haute possible. Chacun prend les blocs et construit de son coté la tour. Je leur fais remarquer qu’ils doivent monter la même tour. Nicolas se précipite pour mettre un bloc. Je l’arrête doucement pour lui expliquer que ce n’est pas un concours. « Vous devez vous aidez et réussir à faire la tour sans la faire s’écrouler ». Dans le silence, ils mettent chacun leur bloc. Quelques instants après, la tour s’écroule. Lucas commence à s’énerver contre Nicolas. Je les rassure. Je leur signale que le plus important, c’est qu’ils réussissent tous les deux. Soudain, Nicolas construit sa tour de son coté. Lucas fait de même et sourit en me disant : «  Je vais faire la tour la plus haute ».

Je pense que ma consigne n’était pas claire dès le début et je n’ai pas été assez convaincant concernant le but du jeu. Je voulais qu’ils instaurent le dialogue en montant la tour mais j’ai surévalué les capacités des deux enfants. Ce que je peux relever de positif, c’est leur acceptation de construire ensemble même en un temps très limité. J’aurais dû leur laisser plus de temps pour s’approprier ce qu’ils devaient faire.

Il me semblait important de continuer vers l’objectif de coopération entre les jeunes. Je voulais qu’ils collaborent, échangent sur ce qu’ils devaient faire pour réussir le défi.

           

                                  Le mouton ( l’éducateur) et les loups ( les jeunes)

 

Un mercredi après-midi, j’ai proposé un jeu à tout le groupe (8 enfants) avec l’accord de l’équipe. Nous nous étions d’abord réunis dans le salon lors de la traditionnelle réunion de jeunes. Je les invite à m’écouter pour pouvoir comprendre ce que je leur demandai. J’ai du modifier la consigne pour qu’ils puissent mieux comprendre et aussi m’adapter en fonction de leurs possibilités.

J’ai nommé le jeu : «  Le mouton ». Cela consistait à empêcher le mouton de s’enfuir de la prairie et de pouvoir l’immobiliser sans le toucher. Je prenais le rôle du mouton et les enfants devaient donc m’empêcher de fuir.

Nous descendons donc dans la prairie et je leur rappelle encore une fois les règles ainsi que les limites de l’espace du jeu.

            Je leur demande de s’éloigner et lance le jeu. Chacun tente de m’attraper et de me toucher. Je répète : «  On ne me touche pas ». Je cours dans tous les sens et tous les jeunes se précipitent sur moi au moment où je tombe au sol. (L’herbe était humide et boueuse). Je me relève rapidement. Deux bonnes minutes passent, je fais passer un message à une de mes collègues pour qu’elle puisse apporter une solution au problème : «  Encerclez-le ». Et là, quelques uns commencent à m’encercler et je ne tente plus de fuir. Je ne peux plus partir, je les félicite. Je remarque que tous les jeunes n’étaient pas présents car l’un d’eux était parti jouer seul avec un bâton, Marc. Pourtant Marc m’avait prévenu qu’il voulait y participer.

            Mon rôle de mouton n’est pas si anodin car ça permettait aux jeunes de se détendre, et de se défouler par l’intermédiaire du jeu. Par ce jeu, j’ai inversé les règles car ils devaient en jouant interdire à l’adulte de fuir.

           

                                  L’iceberg

 

            L’objectif du jeu est de se tenir ensemble dans un espace qui se rétrécissait au fur et à mesure. (Une île)

J’ai mis en place ce jeu avant le repas et j’ai amené les enfants dans la salle de sport. J’ai préparé le matériel préalablement. Je leur explique le jeu tout en me déplaçant dans l’aire du jeu. Je leur répète une deuxième fois. Je me positionne et lance la musique. Ils courent autour des tapis. Je stoppe la musique et ils s’allongent tous sur « l’île ». Je recommence l’opération en enlevant au fur et à mesure un morceau de « l’île ». Une des jeunes, Kim, a beaucoup de mal à rentrer en contact réel avec les autres. Elle monte sur les tapis malgré tout. Enfin, il reste un seul tapis lorsque j’arrête la musique, tous les jeunes se précipitent sur le dernier tapis. Un jeune se met à quatre pattes prenant toute la place mais on l’invite à se lever. Ils sont tous debout et mettent les bras sur les épaules pour prendre le moins de place possible. Je les félicite en leur disant qu’ils ont réussi ensemble le jeu. Lucas vient me voir et dit : «  On peut le refaire avec des éliminations ? ». Je leur demande d’aller s’asseoir pour qu’ils reprennent leur souffle et pour se détendre.

 

C.   Ca marche ou ça casse !

 

1. Au regard de l’établissement, de la société, du monde entier

 

 

Tout au long du séjour, l

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