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Joséphine, femme Batwa

A l’aube où les hommes semblent dormir, Joséphine se prépare à partir avec sa houe pour cultiver sa parcelle. Elle doit aller loin dans la forêt. Elle n’a pas le choix pour manger, survivre malgré la peur qui tenaille son village en bâches. A chacun de ses pas, elle guette chaque recoin d’arbre. Silence oppressant à peine brisé par les chants des oiseaux ou les cris de singes.
Joséphine, femme Batwa, a survécu à des razzias de la FARDC au nord de la région des grands lacs. Une partie de sa famille a été décimée et le reste est avec elle dans un petit camp de réfugiés. On leur a donné chacun une bâche, un sac de riz, une houe et une parcelle de terrain dans la forêt.
Elle marche sur un sentier recouvert de grands arbres envahis par la mousse.
Elle entend au loin des tirs. Très loin. Elle essaie de respirer tout doucement pour garder son calme.
Après une bonne heure de marche, elle arrive dans une petite clairière où se trouve sa parcelle entourée de bananiers.
Le soleil commence à peine à chauffer. Elle a du faire un grand détour pour prendre de l’eau croupé, saumâtre. Pour arroser et aussi boire.
Au coin de sa parcelle, elle commence à sarcler autour des jeunes pousses pourris de manioc. La récolte sera mauvaise. La terre est pourrie. Mais elle essaie de ne penser à rien. Elle s’acharne à travailler pour avoir l’impression de vivre.
Soudain, elle entend du bruit derrière elle. Elle se retourne. Elle voit deux hommes en treillis. Elle serre sa houe dans sa main. Elle s’immobilise mais reste campé sur ses pieds nus. Les deux hommes s’approchent d’elle en titubant à peine. Ils ont bu.
« Que voulez-vous ? » Murmure-t-elle.
« Notre récompense » rugit l’un des deux.
Joséphine se concentre. Elle ne sait pas comment mais elle se sent d’attaque à se défendre. Elle est déterminée à sauver sa virginité, sa dignité de femme.
Ils s’approchent d’elle de plus en plus. L’un d’eux tente de la prendre par le bras mais Joséphine brandit sa houe et la plante entre les deux jambes. Cris étouffés et chute. . L’autre essaie de la contenir en esquivant la houe. La femme a son cœur qui bat à cent à l’heure. Elle semble devenir comme une lionne enragée maitrisant son affaire. Joséphine se surprend elle-même. Elle jubile et pleine de colère en même-temps. Son adversaire fulmine et prend un bâton. Sans comprendre comment, elle s’avance vers lui et en trois mouvements, achève son agresseur avec la houe dans le crâne.
Deux hommes à terre. Le temps lui semble suspendu et l’horreur lui revient encore en plein visage. Elle est en même temps fier de s’être défendu mais effrayé par ce qu’elle vient de faire.
Des cris dans la forêt. Un groupe armé arrive et l’encercle. Des fusils se pointent sur elle.
Joséphine se sent prête à mourir. Elle repense à ces femmes battues et violés. Elle n’a pas été violée et ne le sera pas. La guerre n’aura pas perverti son âme.
Levant sa houe et crie.
Tirs.

 

Fiction inspirée du livre de Titouan Lamazou : « Ténèbres au paradis, africaines des grands lacs ».
Les Twa de la région des Grands Lacs, également appelés Abatwa, Ge-Sera, Batwa ou Barhwa, appartiennent au peuple pygmée d’Afrique. Ils sont généralement considérés comme les habitants les plus anciens de la région. Partout, ils sont marginalisés sur le plan politique et économique. Ceux qui vivaient en forêt ont été expulsés lors des créations de parcs, ou pour des industries vivrières et minières.
Pour plus d’infos : Terangaweb

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2 thoughts on “Joséphine, femme Batwa

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