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Gagner ou perdre, là est la question !

 Chapitre 3 : Gagner ou perdre, là est la question !   


            Comment permettre au jeune de mieux accepter l’échec et de moins subir cette frustration ?

 

            A. Plaisir et valorisation

 

1. Plaisir à jouer

 

Il faut aussi que l’éducateur veille sur la liberté du jeune à jouer, à savoir jouer et prendre du plaisir. Je reprends cette base du plaisir de jouer car elle peut être fondamentale pour la suite du jeu et sa finalité en soi. Aider le jeune à prendre plaisir à jouer va le construire dans sa relativisation et de sa représentation du monde des jeux.

Pour que le jeune puisse perdre sans perdre la face, sans réagir violemment face à ses frustrations, il faut travailler en amont sur ses capacités et ses limites. L’éducateur doit permettre au jeune de repérer ses potentialités et instaurer une mise en confiance en lui. L’échec n’est pas forcément une tentative de destruction de la personnalité, de soi. En perdant, l’enfant est démuni face à ce qui le déstabilise, tel une fissure dans son amour-propre. Il n’a pas pris de distance sur ce qui lui arrive et prend donc peur. C’est par la peur d’être anéanti qu’il réagisse à l’extrême soit par l’inhibition ou par la violence verbale et/ou physique.

Pour l’enfant, perdre lui donne aussi un sentiment d’abandon, un sentiment de rejet qu’il peut percevoir à travers les regards des autres. Il a peur d’être rejeté. Il me semble important de le rassurer et d’avoir plus confiance en lui. Un travail peut se faire aussi autour de l’estime de soi.

 

2. L’estime de soi, un critère parmi d’autres pour mieux perdre ou gagner

 

L’estime de soi se construit dès l’enfance, par le regard des autres, de nos proches, de notre famille. Elle repose sur trois ingrédients : l’amour de soi, la vision et de soi et la confiance en soi selon André et Lelord[1] :

« L’amour de soi est l’élément le plus important. Il ne dépend pas de nos performances, mais en grande partie de l’amour que notre famille nous a prodigué durant notre enfance. Il est le socle de l’estime de soi. La vision de soi est l’évaluation que la personne fait de ses qualités et défauts. Cela dépend aussi de l’environnement familial et en particulier des projets que les parents ont fait pour nous.

La confiance en soi est souvent confondue avec l’estime de soi. Elle s’applique surtout à nos actes : c’est penser que l’on est capable d’agir de manière adéquate dans les situations importantes. Cela vient surtout du mode d’éducation qui nous a été prodigué en famille ou à l’école… »

L’estime de soi est alimentée par le sentiment d’être aimé, apprécié (sympathique, populaire…) et par le sentiment d’être compétent (doué, habile…). Harter[2] n’a pas hésité à affirmer que l’estime de soi est un sociomètre. C’est à dire que tout ce qui diminue l’acceptation sociale (la facilité d’intégration sociale) diminue l’estime de soi. De même que tout ce qui augmente l’acceptation sociale augmente l’estime de soi.

            ® « L’estime de soi est un trait de personnalité en rapport avec la valeur qu’un individu attribue à sa personne. Dans la ligne des théories de l’équilibre, l’estime de soi est définie comme une fonction du rapport entre les besoins satisfaits et l’ensemble des besoins ressentis. » [3] 

 

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sp;                      3. Et l’éducateur ?

 

L’éducateur doit par la suite élaborer des moyens que le jeune puisse acquérir une meilleure estime de soi en favorisant des situations valorisantes tel que la mise en place de jeux coopératifs que nous avons vu précédemment ainsi que des étapes vers une responsabilisation du jeune. L’éducateur peut engager une mise en confiance avec le jeune pour que ce dernier puisse effectuer des actions sans l’aide d’un tiers.

L’éducateur doit aussi accompagner l’enfant pour canaliser sa violence,  temporiser ses attentes qui sont souvent bousculées par des frustrations. Pour cela, des exercices de relaxation sont mis en place. Quand le jeune se trouve face à une situation de conflit intérieur quand il perd ou dans d’autres situations, l’éducateur lui propose de respirer et d’aller autre part pour se pose.

 

            B. Adapter pour mieux avancer

 

                        1. Temporisation du jeu

 

Pour que le jeune puisse mieux accepter ses défaites, je propose tout d’abord des activités où il prend vraiment du plaisir. Je prendrai l’exemple de Nicolas qui aime jouer aux dames. Quelque soit l’issue du jeu, il redemande à jouer.

Pour mieux appréhender le jeu de dames qui est souvent long pour le jeune, j’ai dû construire un petit plateau de jeu de dames.[4] En effet, j’ai fait en sorte que le jeu soit plus court. Le jeune peut vite assimiler les règles et prendre du plaisir car c’est plus rapide. Plusieurs jeunes du groupe se sont vite appropriés le petit plateau. Quelques temps après, ils se sont investis dans le jeu de dames réelles.  Par exemple, Nicolas est le jeune qui joue le plus aux dames. Quand il est seul, il joue avec le petit jeu et se met en situation. Il sait prendre du temps et accepte beaucoup plus facilement de perdre. Quand il gagne, il se valorise au regard des autres, se montre à voir et cela augmente son estime de soi.

           

                        2. Temporisation dans la vie quotidienne

 

                        Dès qu’un jeune me voit arriver dans le groupe, il me propose un jeu. Je lui demande d’attendre  pour que je pose mes affaires. A peine ais je rangé mon manteau, il me sollicite une deuxième fois. Je l’invite encore à patienter pour que je puisse m’informer de ce qui s’est passé auparavant dans le groupe auprès du cahier de Liaison et de mes collègues. Enfin, j’appelle le jeune qui me sollicitait pour lui dire que j’étais disponible. Ces actions montrent qu’il est important de savoir attendre et que nous ne répondons pas à la minute près à ses désirs, ses demandes.

            Pour permettre au jeune de prendre le temps et de se détendre, je propose régulièrement une marche dans le quartier. C’est eux qui choisissent le but final de la marche, une destination, cela fait naître en eux une motivation. C’est aussi un support de médiation qui permet l’échange, le partage. Il m’arrive souvent d’être avec deux ou trois jeunes

 

 

            C. Le projet : un outil nécessaire

 

                        Rouzel écrit que « le projet se révèle être le lieu où peut se mettre en scène et se travailler pour de vrai la confrontation entre l’imaginaire et le réel. »[5]. En effet, le projet est un moyen pour l’enfant de se montrer, d’exprimer ses désirs, ses difficultés. C’est l’occasion pour l’éducateur de confronter ce que désire l’enfant en tenant compte de ce qui est interne (capacités, limites, difficultés) et de ce qui est externe (contraintes, possibilités extérieures). C’est un outil nécessaire pour le jeune qui se sent écouté et à même de  progresser selon les moyens proposés par l’équipe éducative. Le projet est souvent modifié selon les imprévus tout au long de la vie du jeune, en fonction de ce qu’il désire ou de ses difficultés.

 

Je prendrai l’exemple de Lucas. Dans son projet, il y avait comme objectif d’aller rejoindre l’équipe des grands à l’atelier football. Cet objectif avait pour but qu’il se construise au niveau psychique. Il voulait se sentir valorisé, se sentir capable d’avoir les comportements d’un grand. Il voulait montrer aux adultes qu’il pouvait respecter les règles qui étaient données par les entraîneurs (eux-mêmes éducateurs). Un mercredi apr

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