Vie quotidienne

Fugue d’un éducateur

Il pleut des trombes. Aucune inspiration de photo.  Je voulais vous partager le texte que j’ai écrit sur mon blog y a deux jours. »Apprendre à écouter ». Les stats ont explosés intégralement avec 5000 vues en une journée. Certains d’entre vous le connaissent.

Voici le lien et bonne lecture : http://apprendreaecouter.com/2015/09/11/la-fugue-dun-educateur/

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Une photo invisible du fugueur

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Le social, Questions sociales

Le pouvoir dans le social?

Comment les personnes peuvent dormir sereinement ?

Ceux qui détiennent les rênes du pouvoir et détournent l’argent à leur profit, privant des milliers d’enfants et d’adultes de vivre dans de bonnes conditions d’accompagnement et de vie sociale et sanitaire correcte.

Et la Justice, dans tout ça ?

A quoi bon manifester vers les ténors du pouvoir aveugles et sourds ?

Ne vaudrait-il pas mieux se tourner vers la justice, saisir les droits de l’homme, porter plainte et amener tous les preuves possibles des mauvaises conditions de travail ? Je sais qu’il y a pas mal de choses qui se font de ce domaine mais cela reste silencieux !

Où mettre de l’énergie qui soit vraiment porteur de sens et qui puisse faire avancer les choses ?

Comment faire prendre conscience de l’absurdité de leurs actions dénigrant les plus pauvres, les plus misérables ?

Heureusement, qu’il y a des structures qui fonctionnent bien. Et bien qu’ils témoignent de leur savoir-faire ! Qu’ils nous transmettent des ondes positives et échangent de bonnes idées pour mieux appréhender l’accompagnement des jeunes et moins jeunes.

Soyons source de propositions à côté des points négatifs.

Ok, cela fait 4 ans que je ne suis plus dans le milieu social mais je suis toujours aussi sensible sur les dysfonctionnements adhérents de certaines structures.

Alors courage à ceux qui ont manifestés pour faire connaître leurs revendications. Restons cohérents et crédibles avec des exemples concrètes à l’appui.

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Chroniques du jour, Le social, Vie quotidienne

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Un projet de vie ?

J’ai l’impression que c’est un concept de professionnel. En soi-même, il me semble qu’on ne se pose pas cette question. C’est une question de culture et de milieu de vie, d’éducation.

Peut-on avoir un projet de vie quand nous sommes ballotés par la vie, quand on la subit. Je pense à certaines personnes qui sont dans la précarité ou bien, vivent des situations difficiles (ou pas).

Réfléchir à un projet de vie ? Ce n’est pas donné à tout le monde. Peut-être qu’on se le fait inconsciemment. Déjà enfant, nous le faisons : « Quand je serai grand, je serai maitresse ».

Mais c’est quoi exactement un projet de vie ? C’est se donner un but dans sa vie et se donner les moyens pour y arriver. C’est se sentir acteur de sa vie et que l’on peut influer sur notre avenir sur le présent. C’est pouvoir envisager ce que sera nos lendemains ? On les souhaite tout confort, ou bien être assisté, indépendant, être fonctionnaire ou non, être à la campagne ou en ville ?

Dans le cadre de l’accompagnement des personnes, comment faire en sorte que leur projet de vie soit la leur et qu’il ne soit pas plaqué sur nos attentes inconscientes ?

Un projet de vie, cela demande de la réflexion, de se connaitre et de connaitre un peu le monde qui nous entoure.

Est-ce un luxe de prendre le temps de savoir qu’elle est exactement notre projet de vie ?

Je dirais qu’elle est essentielle pour chacun si nous voulons nous épanouir dans un contexte qui nous convienne le mieux.

Je vous souhaite de prendre le temps et que vous puissiez réaliser vos projets, et pour ceux qui accompagnent des personnes, du courage et de la patience.

Un projet de vie?

En passant
Billets d'humeur, Education, Le social

Lettre à un jeune diplômé

Salut à toi qui viens d’avoir ton diplôme en poche,

Même si je ne te connais pas, je voulais te donner quelques conseils d’ami, d’un collègue. Même si je n’ai pas les cheveux blancs, je pourrais te dire quand même certaines choses.

Tout d’abord, n’oublie pas que tu es un professionnel débutant. Même si tu as acquis des connaissances et des compétences, tu les feras évoluer au fur et à mesure de tes expériences. En cas de pépin, n’hésite jamais à demander de l’aide. Ce n’est pas parce que tu es diplômé qu’il te faut te démerder par toi-même. La meilleure sagesse est de s’entourer des personnes sur qui tu peux compter.

J’aimerai aussi te dire de te faire confiance et surtout de ne pas te mettre dans des situations trop difficiles pour toi. Si tu ne te sens pas capable de travailler avec des SDF, ce n’est pas la peine de postuler dans ce domaine. Cela ne fera du bien à personne. Ni à toi, ni à aux autres. Eclate dons ton métier dans un domaine où tu pourrais vraiment trouver ta place.

Je sais que les premiers mois, tu seras tout feu tout flamme dans ton boulot mais n’oublie pas de te ressourcer. N’aie pas peur de te remettre en question mais de façon constructive.

N’accepte pas un poste par défaut surtout dans un milieu où tu ne le sens pas trop. Un jour, je l’ai payé assez fort cher et je ne souhaite à personne de le vivre. Bien sûr qu’il faut vivre au niveau financièrement mais à quel prix ?

Ne reste pas seul et ne dis pas : «  Oui, j’ai compris » si tu n’as pas compris. Tu risquerais de te dire au fond de toi-même : «  Et bein, je ne suis pas dans la merde ! ».

Alors, bon courage dans tout ce que tu vas entreprendre, un bon courage aussi pour la reconnaissance dans tout ce que tu vas faire.

Peut-être que j’ai dis des choses simples, évidentes, mais ça peut aider de se remémorer tout cela. Les expériences des autres servent à te faire réfléchir sur tes pratiques !

 

Alors, bon vent à toi et garde confiance malgré les chutes et les illusions,

 

 

 

 

 

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Épuisement professionel, Le social

Mon histoire de burn-out

Je voudrais vous raconter un burn-out quand j’étais éducateur spécialisé ( Début 2011). Le burn-out vient à la suite d’épuisements, de combats intérieurs, d’une pesanteur institutionnelle.

Je prends le risque de vous raconter cet épisode, prenant le risque de ne pas être compris par certains d’entre vous. C’est souvent un tabou. On préfère éviter le sujet.

Je travaillais depuis deux mois et demi dans une petite structure qui accueillait des enfants ayant des déficients moyens à profonds, dont 4 jeunes avec des lourdes caractéristiques autistiques.

Le quotidien était jalonné de cris, de coups, de griffes et de morsures de la part de certains de ces jeunes. J’avais comme collègues deux « éducatrices » dont une non diplomée qui n’avait travaillé qu’avec des ados « cas sociaux ».  Le langage était direct chez elles : «  Arrête de faire l’imbécile », « Continue comme ça et tu vas dans le couloir », «  exprime-toi ».  Elles ne voulaient pas se mettre aux PECS, images pouvant permettre à ces jeunes d’utiliser un mode d’expression.

Sans elles, j’étais bien avec ces jeunes avec des petites victoires où le jeune se sentait compris, apaisé avec une autre de mes collègues qui était une jeune instit. Nous tenions le coup. Elle dans sa classe et moi, comme je peux, lors de mes ateliers éducatifs avec trois jeunes ou bien cinq jeunes le mercredi matin ( Pendant deux mois, ce fut l’enfer pendant deux heures).

Il y avait bien un groupe d’analyse de la pratique mais hélas, les «  mammouths » comme on les surnommait ma collègue instit et moi, parlions des soucis des enfants.  J’essayais de soumettre des problématiques mais souvent on me rétorquait : «  Attends, tu viens d’arriver et tu nous critiques déjà ? ». Le directeur m’avait un peu embauché pour ça pour mettre du sang neuf. Il fallait que j’y ailles doucement.

Tout au long des semaines, la fatigue s’accumulait et j’allais souvent au charbon pour contenir la violence des jeunes . J’étais le seul gars qui avait de la force.

J’y arrive à la fameuse goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Personnellement, j’étais épuisé malgré une semaine de vacances avec la peur au ventre malgré l’envie. Puis j’avais appris le décès de ma grand-mère.

Le mercredi en début d’après-midi, avec un mal à la nuque en plus, je dus accompagner Matéo, 14 ans vers la voiture où nous attendait une autre de mes collègues, avec un petit groupe. Nous devions aller à la piscine. Matéo était grand quand il se levait et avait beaucoup du mal à marcher. Il criait beaucoup et faisait des grands gestes compulsivement. Il ne voulait pas se lever. J’essayais de le résonner sentant que ma collègue attendait. Elle avait surtout avec elle un autre enfant qu’elle ne pouvait pas lâcher. Il pouvait fuguer, frapper les autres enfants. Une situation un peu compliqué.

A bout avec Matéo, j’essayais de le relever pour le forcer à marcher. Je reçus une volée de baffes ( Involontaires bien entendus). Malheureusement, un de ses bras frôla ma bouche et je mordis. Stupéfaction. Il s’était calmé et moi,  déconnecté. Je sentis mon avenir chaviré, mon acte fou répréhensible. Je pus malgré tout l’amener à la voiture et rejoindre le groupe. Je fis la confidence à ma collègue, surprise bien entendu mais elle ne me jugea pas.

Après la ballade de l’après-midi, au retour au centre, j’allais tout de suite voir le directeur .

Il fut horrifié. Il téléphona à son directeur principal.

Mise à pied conservatoire.

J’étais au plus bas.

«  Vous auriez du me téléphoner quand vous ne pouviez plus ».

Je n’ai pas pu répondre sur l’instant.

«  Pourquoi lui ?

Matéo était le fils d’un personnage haut-placé !

Résultat : Licenciement pour faute grave. ( Sinon on portait plainte contre moi).

Ce fut le coup d’arrêt à ma carrière, pour l’instant, d’éducateur spécialisé.

Même si le directeur m’a dit : «  Malgré cet acte fortement répréhensible, vous avez néanmoins des qualités professionnels ».

Personne est infaillible. Ni les éducateurs, ni les parents, ni les hommes de ce monde. Je n’ai commis qu’un seul acte de violence ( la plus incompréhensible, certes) et j’ai subi la plus sourde sanction. Et mes autres collègues âgées  qui ont sans arrêt tenus des propos violents, eu des gestes de rejets pour éviter de se faire frapper qui était à la limite de la maltraitance. Rien.

Je ne souhaite à personne de vivre cette expérience. Vraiment de veiller que ses collègues se sentent en sécurité professionnelle, qu’ils aient un lieu ou ils peuvent analyser leurs pratiques, se lâcher, communiquer. Le soutien institutionnel est primordiale. Comment le public que nous accueillons peut vivre dans un cadre sécurisant si nous-même nous sommes pas sécurisés dans notre pratique.

Le boulot dans le social, c’est une vocation, un métier où il faut être souder car seul, on ne peut que s’enfoncer.

 

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Épuisement professionel, Le social

T’entendre ( vers le Burn-out?)

Je vois que tu es épuisé.

Tu t’énerves pour des broutilles.

Tu oublies l’humain

En posant tes actes de soins.

Tu t’embrouilles dans tes pensées.

Tu es à la limite du burn-out.

Et pourtant tu adores ton métier.

Tu enchaines tes heures de garde.

Tu serres les dents.

Tu figes ton visage.

Jusqu’à quand tiendras-tu?

Je t’interpelle naïvement

Je fais un peu l’idiot.

Je dis que je vois ta fatigue.

Un miroir se brise.

Et les blagues fusent.

Des mots sont expulsés de ton coeur.

Un sourire irradie ton visage.

Ton regard commence à briller.

Tu te sens soulagé, écouté.

Je comprends et j’entends ton épuisement.

Je te soutiens. Nous sommes du même bord.

Nous travaillons avec l’humain.

Ensemble, même si on ne se reverra pas,

Nous pouvons avancer, soutenu

Dans notre combat de tous les jours

En n’essayant de ne pas s’oublier.

Je sais que ce n’est pas facile.

J’ai connu ces heures où l’on enchaine

Sans pouvoir souffler, ni respirer.

J’ai connu ces moments où l’on croise

Des personnes qui nous redonne courage.

Alors ne baisse pas les bras

Sachant que tu n’es pas seul,

Qu’il y aura toujours quelqu’un

Quelque part pour t’écouter,

Te comprendre et te soulager.

Rire encore un bon coup

Et alors, tu peux continuer à vivre ton boulot

Sans perdre ta tête, ton âme et ton cœur.

Courage à toi, médecin de passage.

Courage à toi collègue du social.

Courage à toi qui travailles pour l’homme.

Et même à ceux qui travaillent dans d’autres domaines.

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Le social

Qui sont donc les travailleurs sociaux ?

Quels sont leurs visages que la plupart ont du mal à imaginer ?

Des gens qui sont présents pour combler un manque, pour être médiateur, pour être passeur d’humanité, pour accompagner des gens en souffrance, tout types de souffrances.

L’image d’Épinal des travailleurs sociaux serait du plâtre pour reboucher les trous dans les murs, ou bien des puching ball remplaçant la société qui n’assume pas la différence, l’exclusion.

Qu’avons- nous comme travailleur social ? Il y a des éducateurs spécialisés, des moniteurs-éducateurs, des assistantes sociales, des conseillers conjugaux et familiaux, des aide-médico-pédagogique, les psychologues. Puis il y a des corps de métiers para-médicaux qui assurent malgré eux le lien social tel que les orthophonistes ( logopèdes pour les Belges) , les kinés, les médecins, les infirmiers, les psychiatres et pleins d’autres.

Il ne suffit pas aux travailleurs sociaux d’être des tampons, des éponges mais un corps en entier qui écoute, agit, accompagne, lutte pour préserver l’intégrité, la dignité de chacun.

Je suis éducateur spécialisé dans l’âme me battant pour faire changer les regards sur le handicap, sur les différences, pour faire le lien et construire des chemins adaptés à chacun selon leurs histoires, leurs forces et fragilités.

Je prends du plaisir, dans mon métier, à innover, créer des outils pour que chacun puisse s’exprimer, que chacun puisse acquérir son indépendance. La patience est de mise dans la répétition d’un cadre sécurisant, apaisant selon l’ambiance de l’institution. Tissage de liens par la confiance, l’écoute, le respect, la bienveillance avec rigueur.

Pour les travailleurs sociaux, il nous faut des moyens pour répondre aux personnes en souffrance. Comment prévenir, limiter la casse d’une chute vertigineuse de la misère sociale si les politiques ne nous soutiennent pas ?

Comment faire passer de l’intérêt personnel à l’intérêt général ? Que chacun de nous, on peut trouver notre compte si on met chacun du sien, là où on est.

Osons le partenariat, les possibles échanges de nos compétences pour faire face aux écueils.

J’ai expérimenté dans mon métier l’intérêt d’une équipe soudée. Les personnes qui ont été accompagnés en sortent grandis car ils font face à des adultes cohérent entre eux, responsable de leurs décisions et justes.

Je voudrais vous partager que j’y crois encore et qu’il faut arrêter de se lamenter, d’être fatalistes. Oui, il y aura toujours des idiots, des individualistes. Nous sommes là aussi pour les remettre à leur place. Pour que les choses changent, avancent, il faudrait d’abord changer nous-mêmes.

À ceux qui ne sont pas dans le social, n’oubliez pas les travailleurs de l’ombre. Venez les soutenir comme vous êtes, en les regardant de manière plus juste.

Je vous souhaite d’être lucide, réaliste, engagé dans ce qu’il vous paraît possible de mener combat.

Osons être ensemble malgré nos divergences.

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Histoires..., Le social

Une visite mouvementée

Il est 14h05. Je rends visite à Mr Clampinet. Juste pour une visite de contrôle. Pour faire le point.

A peine qu’il m’ouvre la porte, une forte odeur fouette mes narines. Du poisson pourri. Son appart shlingue à donf. Je vois dans son salon des packs de bière vide rempli sde cendres et de poussières. Fichtre, le ménage laisse à désirer. Pire, l’hygiène. Mr Clampinet est en marcel vert fluo et en bermuda marbleuviojaune. Il m’invite à s’asseoir sur un tabouret. Enfin, un truc pour s’assoir dessus. J’entends craquer. Je reste sur mes appuis. Tout discrètement. Mr Clapinet prend une de ses chaises improbables en fer et en plexiglas vermoulu. Les murs sont parsemés de trucquiwis. Il me fait part de ses recherches de boulot. Il se fait à chaque fois remballé à peine franchi le seuil. Il ne comprend pas pourquoi. Je lui avais pourtant expliqué l’importance de la tenue vestimentaire et du parfum. C’est là qu’il me balance :

« Je mange de l’ail pour me donner du courage ».

Mais quel plouc ! Je reste calme. Je me redresse.

Paf, je m’effondre par derrière, la tête dans une poubelle pleine. Mes cheveux sont des algues et des lichens venus du lointain Sibérie. Mon visage juvénile est criblé de moucherons voraces. Je me relève et me débats avec toute cette saleté. Mr Clampinet part chercher une servietorchon. Que du bonheur en apnée ! Je me reprends et lui donne rendez-vous à la mission locale demain. Pour être dans des meilleures conditions. En me retournant, je me prends la tranche de la porte de la cuisine. Sonné, je marche par inadvertance sur le chat endormi. Miaulements féroces et mes jambes sont lacérés sans ménagement. Et là, Mr Clampinet prend la queue de son chat, le soulève, l’engueule et l’envoie à travers la pièce pour atterrir avec délicatesse sur le soi-disant clic-clac !

Endolori et shooté, je salue mon hôte. Je descends les escaliers. Arrivé au rez de chaussée, je loupe la dernière marche et me rétame complètement sur le carrelage du hall.

Vive le social, c’est que du bonheur.

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