Héros ordinaires, Histoires...

Yvan, fils de plouc

Yvan est son nom. Il aime humer la mer qui chatouille ou se fracasse contre sa barque. Il a pêché toute la nuit mais rien n’y fait. A la criée, il ne ramène qu’une maigre godaille. Il observe ses pairs dans leurs cirées tout penaud sous un ciel brumeux. Il fait boucaille en ce jour. Il croisent un couple de touriste bien habillé. Sans faire exprès, il bouscule la dame qui le traite de plouc. Ah si elle savait qu’il est fier d’être fils de plouc. Un pur breton depuis des générations. Il a la fringale et pourtant, il réussit à marcher jusqu’aux champs de son père, pour ramasser les pommes de vent. Il prends le temps quand soudain, il entend la cloche de l’église de Plouguerneau. Il est l’heure de rejoindre sa tendre. Mais il doit prendre le bus. Il le rate au dernier au moment et s’écrie : « O reor ». Il voit le véhicule s’éloigner sous une fine bruine délicate. Et pourtant, un sourire transparaît sur son visage. Qu’est-ce qu’il va se prendre à la maison ! Sa femme le grondera avec humour et le chambrera. Au moins, c’est une belle consolation. Il marche sur la route en direction de Guisseny. Il observe les oiseaux qui se chamaillent.

Que vaut la vie si on ne prend pas le temps d’admirer la nature, de se réjouir pour des petites choses ?

Et ce soir, tard dans la nuit, il reprendra son bateau pour aller au large.

Kenavo!

Sauriez-vous relever quelques expressions typiques de la Bretagne?

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Héros ordinaires

L’exil de Dylan, mineur étranger isolé (2/2)

(Fiction inspirés de faits réels. Où les rôles sont inversés)

Sans déconner. J’y crois pas. Tout ça parce que j’ai épaté mon lycée en leur jouant Anowa d’Ama Ata Aidoo*. Le directeur est venu me voir pour me dire que je faisais honneur aux Ghanéens avec cette pièce de théâtre se basant sur une légende du Ghana. Au foyer, je suis devenu un héros. J’avoue que cela me fait bizarre. Un homme bien sapé est venu voir les éducateurs et ont demandé s’il ne pouvait pas m’adopter. Et cet homme, je l’ai reconnu. C’est l’un des plus grands écrivains reconnus dans le pays. Tout s’est passé très vite. Même trop. Pourquoi moi ? Et pas les autres ?
Mais je n’as pas le choix et je ne me plains pas. Après des jours de procédures administratifs et judiciaires, je monte dans sa belle Mercédès rutilante. Sa maison est dans le Quartier Cantonments* où se trouvent la plupart des ambassades à Accra.
Ce qui est fou, cet homme, croit à mon histoire et il m’invite à l’écrire. Alors, oui, j’ai pu lui raconter le meurtre de mes parents par le Front National. Le rasage du quartier avec l’église où je m’étais réfugié. Ma fuite dans un camion jusqu’à Marseille. La traversée de la méditerranée dans une barque où nous étions 120 personnes. Le naufrage où j’étais l’un des rares survivants sur les côtes de l’Algérie. Puis ma traversée du désert dans un pick-up avec 15 autres personnes. L’attaque par des bandits près de la frontière ghanéenne où j’ai été laissé pour mort. Puis ma marche insensée à travers le parc national de Mole* où j’ai du affronter ma peur d’être attaqué par des lions ou chargé par des éléphants. Puis d’avoir été recueilli dans un dispensaire à Tamale*.
Cet homme s’appelle Modagun Olppe Ata.
Grâce à lui, je vais pouvoir essayer de faire changer le regard sur les mineurs étrangers isolés. Que chacun d’eux comme moi, nous pouvons être utile et faire grandir notre quartier, notre ville.
Alors, je continuerai toujours à me battre.

FIN

*Nom authentique

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Héros ordinaires, Histoires...

L’exil de Dylan, mineur étranger isolé (1/2)

(Fiction inspirés de faits réels. Où les rôles sont inversés. Là, la France est en guerre et le Ghana est un pays industrialisé bien loti).

C’est pourri. Un merveilleux pourri mais pourri quand même. Je suis même dans la merde la plus complète. J’ai pourtant quitté mon pays pour un monde meilleur. Enfin, je l’espérais. J’ai galéré, souffert mais aucune récompense de mes efforts. J’en ai eu un tout petit peu. Mais de la poudre aux yeux. Je suis d’origine d’une banlieue française où j’ai du fuir la violence et la haine. Mais ça, je ne l’ai pas trop raconté à ceux qui m’ont accueilli ici. Ici, au Ghana où tout me semblait facile par les médias en France. Je baragouine un peu la langue du pays mais je ne dis pas d’où je viens. Il risquerait de me renvoyer chez moi, où je me ferai tuer à l’arrivée. Mais ça ils ne comprennent pas. Surtout ils ne veulent pas me croire. J’ai une carte d’identité mais ils disent que c’est un faux. Le pire, c’est qu’ils me font douter. Mais non, je m’appelle bien Dylan Capritain et j’ai 15 ans. Pour eux, j’ai bientôt 18 ans. A croire qu’ils cherchent un prétexte pour me mettre à la rue. Je ne demande qu’une chose, servir à quelque chose, être utile et m’en sortir. Heureusement, je suis dans un foyer où les éducateurs se démènent à fond. Je ressens leurs impuissances car les politiques nous baladent de droite à gauche, et de plus en plus bas. Et tout ce que j’ai enduré ? Je ne peux qu’en parler au chat du foyer. Enfin, j’exagère un peu. J’ai déjà raconté mon histoire aux éducs, à mes potes mais ils ont du mal à écouter. C’est tellement énorme, invraisemblable. Surtout ma traversée de la méditerranée et du désert pour arriver jusqu’au Ghana.
Le plus dur, c’est d’être accusé de tous les maux alors que je n’ai rien fait. Un vol au foyer ? Tout de suite, on me soupçonne. Un tag injuriant sur le mur de mon lycée. On me regarde de travers. Quand je vais dans le bus, je sens mes voisins tenir leurs poches et être méfiant.
Bref, avec ma gueule d’étranger, je n’inspire pas confiance. Un blanc parmi les noirs, ça fait tache. Et pourtant, je ne suis pas complètement blanc. Je suis bronzé par ma mère. Mais ça, ils ne l’entendent pas. Alors, j’essaie malgré tout de monter le meilleur de moi-même malgré des angoisses qui me prennent la gorge et la poitrine, la nuit. Parait que je fais une mauvaise tête le matin. Je ne dis pas à mes voisins d’infortune du foyer que je rêve toujours la même chose. Le cauchemar qui a précipité mon départ de France. La colère que j’ai ressenti et une énorme tristesse. Mais ça, peuvent-ils le comprendre. Heureusement, j’arrive à écrire sur mon cahier de brouillon que je cache dans mes affaires, dans une petite malle fermée à clé. On m’a donné la possibilité de protéger mes secrets. Au moins, c’est un point positif.

( A suivre…)

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Héros ordinaires

Le petit Gulliver

Le petit Gulliver
Sur le rebord d’une fenêtre,
Rêvait un petit être
Avec une veste et des guêtres.
Il envoyait paître
Son ombrelle noire
Sur la vitre du soir.
Avec son chapeau de velours,
Il en faisait un abat-jour
Et éclaira son visage
Meurtri par les voyages.
Il s’appelait Gulliver.
Un comble pour un nain vert
Lui qui songeait à grandir
Avec ses pieds de cire.
Alors il se met à imaginer
Tel un géant au gros nez
Franchissant avec merveille
Les abîmes du sommeil,
Gravissant avec panache
Les sommets des vaches.
Mais Gulliver se réveillait
Parcourant ses papiers,
Relatant ses périples lointains.
Pour se noyer, il prend du thym
Et en fait de l’alcool très fort.
Il boit pour ne plus boire
Ses souvenirs du dehors
Et pour ne plus avoir d’espoir.
Soudain, une goutte d’eau
Heurta lourdement son dos.
Un parfum de rose se dégagea
Et une silhouette se dévisagea.
Une petite fée
Toute décoiffée
S’approcha sans tarder
De Gulliver hébété.
Ce dernier brisa la vitre
Avec son vieux pupitre
Et s’envola tout en riant
Avec la fée en criant
Les milles amours
Pour toujours.

figurine en porcelaine froid réalisé par Danielle (http://latribudanaximandre.files.wordpress.com/) En attente de confirmation de l’auteur si je laisse cette photo ou pas!

Extrait de « Murmures de la brousse sénégalaise », Vivien Laplane, Editions Bod, Lyon, 2013.

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