Billets d'humeur

Analyse des observations des jeunes à travers le jeu

Les chapitres qui vont suivre sont le résulat de l’analyse du fonctionnement de l’institution et de l’observation de 5 jeunes. J’ai préféré vous présenter mes analyses sans passer par les observations faites.

Je rappelle que ce sont des extraits de mémoire écrit en 2006 quand j’étais stagiaire dans un CMP, maintenant IRP. ( l’IRP prend en charge des enfants et adolescents dont les manifestations, les troubles rendent nécessaires, malgré les capacités intellectuelles normales ou approchant la normale, la mise en œuvre de moyens médico-pédagogiques pour le déroulement de leur scolarité)

           

  Chapitre 3. Analyse global et vérification de l’hypothèse

            Une ambivalence est présente chez eux dans le jeu. Ils ont à la fois besoin d’être seul et d’être avec les autres.

 

B.   Le jeu de l’enfant et les autres

 

Autour du jeu, se créent des situations plus au moins conflictuelles. Le jeune peut amener à provoquer, à chercher un conflit qui est parfois la base d’une relation. Une situation de sujet à objet se met en place car le jeune impose ses règles, son monde. L’objet doit rester normalement «  figé », accepter la soumission. Mais l’autre refuse, le sujet réagit et « l’anéantit ».Nous pouvons voir là une toute-puissance qui émerge chez le jeune quand il joue avec autrui. Un égocentrisme se crée en rapport à partir des actes valorisants en sa faveur. Il prend toute la place et envahit l’espace transitionnel des autres, et réagit quand il y a une intrusion dans son espace. Je reprends Winnicott expliquant que le jeu de l’enfant se construit dans une aire et plus précisément dans un « espace transitionnel ». L’enfant a du mal à quitter cette aire de jeu et n’accepte pas les intrusions. En fait, l’enfant se rassure dans son monde et ne veut pas voir la réalité, source d’angoisses et de frustrations.

La majorité des enfants impose leurs règles à leur bon vouloir, comportement pouvant révéler les caractéristiques de l’enfant-roi.

A travers le jeu, l’enfant peut se donner à voir pour se rassurer à travers le regard des autres. C’est aussi une manière de se valoriser et de se considérer comme le meilleur. Une compétition se crée, une rivalité entre les jeunes pour montrer leur invulnérabilité. Ils prennent en compte leurs jugements des autres, de manière impulsive quand c’est négatif. Leur violence à une critique serait un manque de confiance en soi et la difficulté à gérer leurs émotions qui peuvent être extrêmes.

La confrontation aux règles est source de conflits car l’enfant doit admettre ce qui est réel, ce qui ne lui appartient pas, ce qui lui est extérieur.

Quelques jeunes sont perméables à l’environnement. Ils sont facilement sollicités par des signes extérieurs, ce qui entraîne des difficultés de concentration, et des relations conflictuelles et éphémères.

 

C.   Le jeu, l’enfant face à l’échec et la réussite

 

La plupart des enfants ayant des troubles de la personnalité et du comportement se trouvent dans des sentiments d’abandon face à un échec. L’enfant peut se laisser tomber, pleurer ou taper quand il ne peut s’exprimer autrement. Il casse les jouets pour recréer une sorte de rupture symboliquement. L’enfant se croit mauvais, donc se dévalorise face aux autres, s’exprime de manière négative sur soi-même. Il est souvent par la suite dans une répétions, en reproduisant les mêmes erreurs. D’autres jeunes emploient des stratégies d’évitement, en mettant en cause l’autre ou le matériel.

L’enfant a des difficultés à prendre de la distance, ce qui entraîne des problèmes de gestion des angoisses. Il peut amener à s’exprimer de manière impulsive en donnant des coups et en lançant des insultes. Une violence est exacerbée car il manque de confiance en soi. Il a des difficultés à gérer ses émotions et à supporter la frustration.

Quand le jeune réussit, il éprouve une satisfaction et fait part de sa joie aux autres de manière verbale ou en les touchant.

            Je vais voir en quoi les activités ludiques pour des enfants ayant des troubles de la personnalité et du comportement l’aide à progresser dans sa socialisation, en rapport avec l’imaginaire.

 

D.   Le jeu favorisant la socialisation ?

 

Lorsque le jeune montre un intérêt pour le jeu et qui le rassure face aux autres, il est apte à accepter les règles du jeu qui le sécurise dans son milieu fantasmatique et affectif. Cet apprentissage des règles se fait à long terme car l’enfant fait un travail sur lui-même pour gérer ses émotions, canaliser sa frustration. Il s’approprie les règles comme étant les siennes, donc accepter qu’un élément extérieur vienne le construire. A partir de l’acceptation des règles, la relation aux autres est moins tendue car l’enfant peut les intégrer dans ses jeux, régie par des règles communes.  Si le jeune accepte les règles d’un jeu, il peut assimiler les règles en général qui cadrent son environnement. Le jeu permet donc la socialisation car elle permet au jeune de s’insérer dans un groupe.

            Toutefois, le jeu peut faire replier le jeune sur lui-même, dans on monde inaccessible aux autres. Pour certains, le jeu ne favorise pas la socialisation. Le jeune passe donc par d’autres moyens de socialisation tel que la communication à travers la vie au quotidien dans un groupe ou une classe, lors des repas ou bien des sorties vers l’extérieur.

 

         Dans cette deuxième partie, nous avons pris connaissance du projet de l’établissement et de son environnement où évoluent les jeunes. A travers les observations et les analyses, j’ai pu constater des traits communs dans leurs comportements face aux jeux tel que le sentiment d’abandon, la toute-puissance, l’intolérance à la frustration et des difficultés relationnels dues à leur impulsivité et leur instabilité.

J’ai pu démontrer qu’il est possible pour le jeune de s’insérer dans un groupe par l’intermédiaire du jeu. Toutefois, je relève qu’il y a d’autres outils de médiation permettant aux jeunes d’entrer en communication, en interaction.

 

(A suivre…)

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